Qu'importe le lieu, pourvu qu'il y ait l'amour
L’homme est impressionnant lorsqu’il parle de la mort. Et il en parle parce qu’il pense ce qui est ainsi en face de lui et qui touche sa vie, par les limites qu’il sent en lui, et aussi par les autres, ses proches, qui parfois ont passé ce seuil, ou en sont proches. Denise le dit avec émotion lorsqu’elle évoque sa tante et son propre père. Et lorsque l’on pense à ce passage et à cet au-delà, on pense en termes d’interrogations, ou bien de foi. La foi est parti-pris, de confiance, de détermination, de chemin. Elle est le choix de faire confiance contre toute certitude – la certitude n’est pas la foi –. La foi, c’est le choix d’avancer avec confiance, comme on marche parfois dans le noir ou le doute. La foi est proche du doute. Elle en est le verso, ou bien le recto.
Et c’est ainsi que nous parlons de la mort et de l’au-delà. C’est-à-dire aussi de l’au-delà de notre pensée, de notre connaissance… mais peut-être pas entièrement de notre expérience. Et nous sommes ainsi faits que notre pensée est toujours au-delà, plus grande, plus large que nous-mêmes. Peut-être parce que nous sommes nés au large et créés pour le large…
Dans toutes les civilisations
Et ce n’est pas un hasard si les différentes civilisations ont eu, comme le rappelle Denise dans plusieurs de ses messages, des représentations très diverses de la mort et du séjour des morts. Le « shéol », évoqué au passage, est la façon dont la Bible en parle. Un séjour de silence, plus impressionnant ou accablant que tout. Et l’homme de la Bible marchande avec Dieu la beauté de sa louange, qui lui vaudrait bien de rester à chanter Dieu parmi les vivants plutôt que de connaître ce vide.
Les chrétiens, inspirés des Ecritures juives, évoquent aussi la Géhenne de feu, cette vallée de Jérusalem connue pour ses travaux un peu puants de tannerie et de feu. Elle donne des images fortes, dans les évangiles, pour évoquer ce que d’autres mots ont appelé l’enfer. Le purgatoire est entre deux. Un lieu du passage tourné vers la lumière. Mais comment l’imaginer ? Le Moyen-Age n’a pas lésiné sur les représentations toutes plus dissuasives les unes que les autres. Ainsi parle l’homme quand il aperçoit la grandeur de Dieu et sa petitesse ou son indignité à le rejoindre : « Je ne sais pas comment ce sera, après la mort, et même Jésus ne l'a pas dit », écrit Denise. Et c’est bien vrai.
Funambules et pèlerins
Nous marchons comme des funambules, ou peut-être plutôt comme des pèlerins, qui connaissent le chemin et le pressentent, mais ne connaissent pas le terme, sûrs seulement d’y être émerveillés. Et ils se trompent peu, car la force de leur désir les prépare à goûter avec force à ce terme.
Violette goûte à ce chemin, quand elle fleurit la tombe de son enfant et « ne manque jamais de fleurir celle du petit voisin dont personne ne s'occupe, car la famille est repartie en Turquie. La Communion des Saints réunit le cœur des deux enfants au mien qui leur parle et demande leur aide, dit-elle. Ils sont " grands" auprès de Dieu ». On devrait se taire après ces mots, car tout est dit de ce que l’on pressent effectivement si fort dans des gestes de femmes et d’hommes, dans des cœurs de femmes et d’hommes attelés au vrai, à la vie et à aimer.
Accomplir le cycle
En attendant, pour marcher, il faut comme l’évoque Denise, « accomplir le cycle d'une vie, de la naissance à la mort, cycle auquel je n'ai jamais pensé avant, et ensuite se fond dans Celui qui est l'alpha et l'oméga ». Et aussi affronter la rudesse du chemin, qu’elle évoque aussi, et qui est… de ce côté-ci de l’homme.
Mamie demande si « d'autres personnes communiquent comme [elle] avec des parents ». Pour elle, en entendant le frôlement des vêtements, c’est le passage ou la présence de l’ange gardien qu’elle pressent. Je ne sais si les morts se manifestent ainsi. Ce que je sais est que le désir en nous est si fort que nous sommes capables de décoder des temps et des signes légers, qui pour nous parlent. C’est peut-être cela aussi la communion des saints dans une vie quotidienne simple mais ouverte aux signes.
Nine et Gilles disent des choses bien proches quand ils évoquent en autres termes ce que saint Jean dit dans une phrase lumineuse de sa première épître : « celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu… » (1 Jn 4, 7). Oui, Denise a raison : « qu'importe le lieu, pourvu qu'il y ait l'amour » !
Jacques Nieuviarts


Commentaires
Chèr Père,
Et moi!! j'ai pas de réponse !!
Rédigé par: marie | le 28 octobre 2006 à 18:26
"Qu'importe le lieu, pourvu qu'il y ait l'amour."
Etre en communion avec ceux que l'on aime, qu'ils soient au Ciel, qu'ils soient loin... de moi:je peux vivre cette communion grâce à l'amour que je leur porte. Etre en communion c'est Aimer.
Dieu qui est Amour nous aide-t-il ainsi?
Quels échanges pouvont-nous avoir avec un défunt?
Chaque mort humaine engendre-t-elle des transferts d'amour? Nous portons l'amour sur quelqu'un d'autre?
Rédigé par: Violette | le 28 octobre 2006 à 20:52
A revenir sur le passé, je me rends compte que je donne un sens à des épisodes de ma vie qui pourrait s'écrire, et se lire, différemment. Un été, en vacances dans les Vosges, mon père avait failli glisser, avec ma petite soeur, sur les épaules. Le temps d'un cri, et il avait reprit son équilibre, et nous avions rebroussé chemin. L'année suivante, nous reprîmes le chemin, en partant de l'autre bout. Tout allait bien, jusqu'au premier pont en rondins, mais ça se passait. Au second pont, c'était déjà plus facile. Papa le premier, s'assurant qu'il n'y avait pas de risques jusqu'au bout. Et il me fallait le rejoindre. J'ai le vertige, je ne tiens pas bien en équilibre. Mais s'il l'avait fait, c'était pour voir si j'étais capable de le faire aussi. Face à la roche, les deux mains posées dessus, rien pour s'agripper, que la confiance en celui qui était de l'autre côté, mon père. Alors, il a bien fallu que je passe. Quel soulagement, quand j'ai enfin touché sa main, puis pris sa main, et enfin, regagner le chemin. De quoi nous encourager à continuer. Jusqu'au troisième pont. Et là, nous ne pouvions passer. Si je me souviens bien, le lieu s'appelait "les roches de Morteville" et le lieu méritait son nom. Seul, mon père l'aurait peut-être passé. Avec moi, non. Mais, rebroussant chemin, il fallait repasser le second pont, et j'avais encore plus peur que la première fois. Mais nous sommes revenus, vivants. Tu vas bientôt passer le troisième pont, et de l'autre côté, il y aura une main qui franchit toutes les distances et qui prendra ta main. Si j'y crois pour moi, pourquoi pas toi ?
Rédigé par: denise | le 29 octobre 2006 à 11:31
Marie, pardonnez-moi de ne pas vous avoir répondu tout de suite. J’étais absorbé par l’autre réponse mise sur le blog ce soir là, et chaque question entraîne à la réflexion. En effet, quand nous parlons de l’au-delà, de ce qui se passe après la mort, nous parlons de ce que nous ne connaissons pas. Nous tentons par les mots de donner forme au Mystère comme l’envisage (le philosophe Emmanuel Levinas aimait ce verbe, au sens fort) notre foi. Et l’Eglise pour sa part [ce blog a plusieurs fois évoqué d’autres traditions religieuses], enracinée dans la pensée d’Israël, que nous avons évoquée aussi, et bouleversée par la parole de Jésus, par ses gestes, par sa vie, sa mort et sa résurrection, a tenté, dans ses mots et dans sa foi, de tracer ce chemin de l’invisible au-delà de nous. Elle l’a fait aussi en héritière de la pensée de Platon, qui bien ou mal comprise, a fait penser souvent et fortement en terme de dualisme âme – corps. Et nous avons évoqué le purgatoire, l’enfer, images à la fois propices à une pensée plus grande de ce mystère et du mystère de l’homme face à Dieu, mais images redoutables aussi, car elles ne sont que des images, des représentations.
Et Jésus dans l’Evangile dit bien que Dieu est le Dieu de la vie. Aussi, à juste titre je crois, nous nous refusons à penser dans la foi une « mort totale ». Alors oui, les âmes de ceux qui nous ont précédés, je dirais même plus simplement encore : « ceux qui nous ont précédés », sur ce chemin sur lequel ils avancent dans le mystère de Dieu – au-delà de notre regard et dans un temps qui désormais ne se compte plus selon nos mesures, trop étriquées pour l’infini –, ceux qui nous ont précédés tracent le chemin, sont comme des éclaireurs, ou mieux dit peut-être, sont cette immense communauté des « saints » comme nous le disons, qui ouvre le chemin, cette immense communauté qui nous soutient peut-être, intercède pour nous.
Autant de mots approximatifs, pour dire que Dieu est unique, qu’il est bon, qu’il accueille, mais que chaque vit compte, et que nous sommes tous solidaires sur cet immense chemin, ce que nous appelons la « communion des saints ». Alors « utiles » dites-vous ? Oui. Mieux que cela même : solidaires.
Rédigé par: Jacques NIEUVIARTS | le 29 octobre 2006 à 14:36
Après la mort ?
Il est vraissemblable qu'il n'y a RIEN de RIEN,
C'est ma foi personnelle.
Seul demeure le souvenir entretenu par les vivants, s'ils choississent cette option, mais tout finit par disparaitre... y compris des mémoires.
Les religions sont consolatrices, en laissant entendre un "vie après la vie". C'est utile probablement à ceux qui ont le besoin de cultiver cette chimère.
Vient cependant inévitablement un jour la confrontation avec le Néant.
Mais qui ose vraiment l'affronter pour ce qu'il est ?
"Utile et solidaire" comme vous dites en effet. Mais nul besoin de divinités pour l'être.... (l'histoire des religions démontre d'ailleurs plus de divisions que d'unité...)
La vie est un bien précieux, plus intéressant que la mort , qui n'en sera que l'aboutissement par disparition définitive.
Rédigé par: Alainx | le 29 octobre 2006 à 17:38
comme l'enfant qui va naître sait qu'il existe au delà du ventre de sa mère un monde merveilleux mais qu'il est incapable de décrire je pense qu'au delà de notre vie terrestre existe un autre monde merveilleux qui nous fera oublier celui dans lequel nous vivons aujourd'hui. L'amour que nous partageons avec nos frères ici-bas sera d'une toute autre nature et nous connaîtrons Dieu
Rédigé par: jacques | le 30 octobre 2006 à 10:20
Alainx a raison ; plus exactement : je suis de son avis..
Comme je dis toujours la mort a cela de superbe que le seul qui ignore qu'il est mort ... c'est le mort !
Seuls les vivants souffrent ; le mort lui ne souffre pas car il n'est tout simplement plus.
Les processus chimiques qui nous perturbent pendant notre deuil sont totalement absents chez le mort qui, rapidement (crémation) ou lentement inhumation) est recyclé.
Pourquoi certains (et ils sont apparemment nombreux) inventent-ils des "religions" pour se désangoisser de la mort ? Cela restera pour moi une énigme (tant que je serais vivant, bien sûr !)
Cette nécessité de s’inventer un au-delà me laisse pantois !
Que l'on cherche un soutient dans le malheur terrestre je peux comprendre. Beaucoup d'hommes vivent dans des conditions tellement dures qu’elles nécessitent certainement un soutient moral pour éviter l'autodestruction. La société tiens d’ailleurs en partie ce rôle.
Mais pour ce qui est de la mort qui est de toute façon inévitable ... pourquoi s'angoisser ... puisque nous n'en saurons jamais rien !
Disons-le clairement : aujourd’hui (62 ans), en bonne santé, cela me ferai ch … que cela s’arrête mais cela ne m’angoisse pas pour autant.
Plus tard, malade (probablement, comme beaucoup) tant que je serai conscient je souhaiterai que cela s’arrête définitivement ; du coup la mort sera une délivrance, pas une angoisse.
Et le malheur c’est que je ne saurai jamais que je suis délivré !
Le seul lieu où nous allons après notre mort c’est dans la mémoire de ceux qui nous ont connus et dans les éléments qui utiliseront la matière dons nous sommes fabriqués. Penser à son père, pleurer son absence, en admirant l’arbre qui pousse à côté de sa tombe et qui se nourrit de sa substance est une chose que j’ai déjà fait.
Demander à « je ne sais qui » qu’il soit heureux au « paradis » me semble totalement incongru.
L’au-delà n’existe pas et c’est très bien ainsi ; il ne me manque rien.
Rédigé par: Philippe | le 30 octobre 2006 à 20:35
Peut-être c'est la vie elle-même, notre vie sur terre, qui nous apprend ce qu'est l' Au-delà. Peut-être est- ce une chance, d'être confronté à la mort, de s'y cogner, de la porter dans ses bras, de la voir devant soi, de toucher la mort de son enfant, pour que se dévoile à notre coeur la vraie Vie que le chrétien espère. Certaines personnes passent à côté de cela.
Après la mort, plus qu'un souvenir, une autre vie s'ouvre, de relation profonde,intime, de "communion", la communion des saints. Il faut le vivre et seul le vécu personnel peut l'enseigner.
Rédigé par: violette | le 30 octobre 2006 à 21:16
Mais je ne passe à côté de rien du tout !
La mort c'est le néant ou plus exactement la mort n'existe QUE pour les vivants.
Les morts sont morts et n'en sauront jamais rien.
C'est ça, peut-être, "le paradis" : ne jamais savoir.
Exactement comme quand on dort : vous "savez" que vous dormez ? .. pas moi ; je dors.
Rédigé par: Philippe | le 31 octobre 2006 à 07:36